Le quinoa


Le quinoa

Quinoa et origines

Manger du quinoa
en ayant bonne conscience

Manger ou ne pas manger du quinoa bolivien ? Telle est la question qui revient souvent. Certains voient en cet aliment le moyen de remplacer les protéines animales quand d’autres voient le coût carbone d’un aliment d’outre-Atlantique ou les injustices du marché pour les producteurs locaux.

Que de sujets pour un si petit grain. « Le grain d’or » comme ils le nomment ici à Challapata, petit village de l’Altiplano bolivien. Ici, à 3700 mètres d’altitude, pas de fruits ni de légumes – qui viennent d’autres provinces du pays – seuls le quinoa, la pomme de terre et l’élevage de lamas composent l’agriculture.

Le maintien de ces activités est donc tout aussi fragile que primordial pour l’environnement comme pour les producteurs. Les réponses à nos questions européennes ne sont donc pas aussi manichéennes qu’il n’y paraît.

Je n’aborderai pas la question du coût carbone des exportations si ce n’est pour conseiller aux détracteurs des importations de quinoa de cesser leur consommation de café, thé, cacao et consorts afin de leur éviter une crise de schizophrénie. Mais je souhaite parler des producteurs, des boliviens, de ceux qui sont en lien direct avec le marché du quinoa et que j’ai eu l’occasion de rencontrer pendant mon séjour dans l’altiplano.
« Acheter du quinoa fait augmenter les prix si bien que les boliviens et même les producteurs ne peuvent plus se permettre d’en manger », écoute-t-on souvent en Europe. En trois faits, je souhaite répondre à ce préjugé et nous permettre de manger du quinoa en ayant bonne conscience.

Des habitudes culturelles

Pendant près de trois mois, j’ai sillonné l’altiplano allant de familles en cantines populaires, de villes en campagnes et partagé de nombreux repas avec les boliviens.

Mais où sont donc les grains de quinoa ? Ils se font rares dans les menus. Est-ce donc si cher pour que personne n’en n’achète ? Les raisons sont plus complexes et principalement culturelles et historiques. Le quinoa est un aliment millénaire cultivé depuis plus de 5000 ans, sur les hauts plateaux andins de la Cordillère en Amérique du Sud.

A l’époque des sociétés précolombiennes, le quinoa avec les pommes de terre et le maïs étaient les aliments de base des populations locales. « Mais les choses ont changées », me commente Nelson producteur de quinoa et co-gérant de la coopérative Anapqui productrice du quinoa « Il y a très longtemps, le quinoa se produisait seulement dans la zone de l’intersalar[1]. Le quinoa était alors considéré comme un produit alimentaire des indigènes. C’était un aliment rejeté par les gens de moyenne et haute société. Ils ne souhaitaient pas le consommer ». Ces habitudes perdurent. Si aujourd’hui les producteurs « gardent bien leur part » pour leur consommation familiale, à l’heure de l’uniformisation de la consommation où les pratiques ancestrales sont rejetées pour des habitudes de consommation plus occidentales considérées comme « modernes », des aliments comme les pâtes ou le riz, pourtant de qualité nutritive moindre sont préférés. Dès lors, le quinoa peine à trouver sa place sur le marché national bolivien.

[1] Zone intersalar : espace géographique désignant la partie située entre le Salar d’Uyuni et le Salar de Coipasa.

De la notion de prix

L’idée selon laquelle l’envolée des prix des cours mondiaux aurait fait exploser la situation du marché du quinoa n’est pas une légende, mais elle tient à une date et un fait précis.

En 2013, sous l’impulsion du gouvernement bolivien d’Evo Morales, l’Assemblée Générale des Nations Unies décrète l’année internationale du quinoa. Une démarche pavée de bonnes intentions… en apparence. L’intérêt mondial pour le quinoa explose. Les prix s’envolent. Le prix de la tonne grimpe de 125€ à 275€. Les producteurs ne sont pas préparés. Des citadins s’improvisent producteurs espérant profiter de la hausse des prix. Les terres sont défrichées. Les élevages de lamas abandonnés au profit du quinoa sur le moment plus lucratif. La monoculture fait son apparition. Puis, la production mondiale croît elle aussi fortement. Deux ans plus tard, les prix chutent. Les producteurs improvisés abandonnent les champs et retournent en ville laissant derrière eux des écosystèmes déséquilibrés. Aujourd’hui, les prix ont retrouvé leur niveau d’avant 2013 et les producteurs s’organisent pour retrouver un équilibre entre élevage de lamas et culture du quinoa.

De la notion du commerce équitable

« Le quinoa bio et vendu en commerce équitable offre un prix un petit peu plus élevé aux producteurs et c’est le positif même si ça ne fait pas tout compte tenu des efforts que cela demande » constate Omar Mamani Pérez, producteur de quinoa à Salinas de Garci de Mendoza. Le soutien des acheteurs est primordial et doit être renforcé. Et les filières équitables sont aussi une aide pour les producteurs qui relancent l’élevage de lamas, diversifient les cultures pour vivre mieux de leur production et replantent les haies endémiques.

Mais pour le consommateur final, « l’enjeu est d’obtenir cette information » comme me l’explique l’ingénieur Jesùs Equise Mamani, responsable en investigation et développement au Centre International de la Quinoa à Oruro. Pour lui, « les petits producteurs sont trop dépendant des règles fixées par les intermédiaires » et propose de « tendre vers une meilleure traçabilité du produit pour un rapprochement entre le consommateur et le producteur ». Il faudrait « que le consommateur puisse non seulement localiser la parcelle, le producteur et la communauté mais aussi la méthode de production, pour améliorer l’information et ainsi lui permettre d’acheter en connaissance de cause ».

Si la vie sur l’altiplano reste rude et précaire, la production de quinoa et son exportation permet aux familles de producteurs de vivre de leur production. Aussi, boycotter le quinoa ne résoudra pas les problèmes. Mais à choisir d’en manger, nous pouvons soutenir les producteurs et la filière si nous consommons du quinoa, dans le cadre d’une alimentation diversifiée, qui réponde à des exigences écologiques et sociales. A chacun de chercher les origines des produits qu’il achète. C’est de notre responsabilité, c’est de leur pérennité.

Bolivie :
Origine du Quinoa

Argentine :
De passage chez les gauchos.

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