Latitude 33,9° Sud – Insaisissable Afrique du Sud


Carnet de voyage

Latitude 33,9° Sud – Insaisissable Afrique du Sud

Jeudi 02 août 2018, Côte Ouest, Afrique du Sud.

« … I killed my first black… » Je répète dans ma tête chacun de ses mots en les séparant bien les uns des autres, comme pour bien m’assurer du sens de la phrase. Ou plutôt pour m’assurer que ce n’est pas mon esprit qui délire aidé par les quelques Castle (bières sud-africaines) que j’ai enquillé à la suite de ma journée de vélo. Mais il répète. Mon esprit se bloque, ne captant plus rien de la conversation. Mais où suis-je ?
Bel et bien en Afrique du Sud. Voilà une quinzaine de jours que j’ai atterri à Cap Town. Et seulement cinq petits kilomètres après l’aéroport alors que je me rendais chez mes hôtes, un jeune homme noir, courant à côté du vélo, s’est jeté sur ma sacoche avant pour tenter d’en dérober le contenu. Dans l’affaire, mon téléphone en est tombé et est parti poursuivre de son côté l’aventure africaine. Mise au parfum immédiate.

« Mais c’est quoi ce pays, pétard ! ». Cap Town, la ville est construite sur la péninsule qui forme le Cap de Bonne Espérance, où se rejoignent l’Océan Atlantique et l’Océan Indien. Les lieux ont tout de l’image de carte postale. Mais l’Histoire de l’Afrique du Sud est tumultueuse. Et aujourd’hui encore les inégalités entre blancs et noirs qui se partagent le pays, sont criantes. Cap Town est sans doute l’archétype de ces écarts. Les villas luxueuses aux pelouses vertes et grasses jouxtent les bidonvilles les plus pauvres où l’eau potable est disponible à une borne fontaine collective.

Les inégalités sont une chose. Mais ce qui me heurte le plus ce sont les mentalités. Neuf jours de vélo séparent Cap Town de la frontière namibienne. Et durant ces neufs jours, je n’arriverai à partager des soirées et des discussions qu’avec des blancs, les noirs vivant reclus dans les quartiers pauvres, où de toute façon je ne suis pas à ma place. Celui qui me dira « I killed my first black » est l’un d’eux. Avec un groupe d’amis fêtards, il m’invitera dans sa villa où la baie vitrée de son salon (dont je ne me souviens plus combien de canapés le meublent) offre une vue aux premières loges sur la plage de l’océan Atlantique. Sa fortune est impressionnante. Mais sa condescendance envers les noirs l’est encore plus. Impossible de me souvenir du contexte de ladite phrase. Mon esprit est resté bloqué. Mais il m’a dit cela comme un ami chasseur me dirait qu’il a tué un gibier.

Ce qui est difficile pour moi, c’est que ce type d’attitude se répète lors de chaque soirée passée avec une famille blanche : « Tu ne dois jamais leur faire confiance » ; « Ils tueraient pour moins que ton vélo » ; « Ils ne pensent qu’à voler les blancs » ; sans oublier le « ils n’étaient pas si mal traités qu’on croit [en Europe] pendant l’apartheid »… Mais le pire c’est que la violence et le crime en Afrique du Sud sont bien réels et je ne parle pas du larcin dont j’ai fait les frais le premier jour mais des statistiques de la criminalité du pays.

Ne pas chercher les gentils et les méchants ici. Personne n’est tout blanc ou tout noir dans ce pays. Et c’est le cas de le dire ! Cette expression semble, d’un coup, parfaitement pensée pour la situation. Pour comprendre l’Afrique du Sud, il faut penser autrement. Mais pour ça mon séjour est beaucoup trop court et la côte Ouest n’est sans doute pas le meilleur endroit… Je quitte donc le pays sans le comprendre.

A Windhoek, la capitale de la Namibie, je ferai la connaissance d’Evan et Megan. Un couple de cyclistes sur la route depuis plusieurs années. Je m’ouvre à eux de mes états d’âmes. Evan, blanc, a la double nationalité anglaise et sud-africaine et est originaire de Cap Town. Il me comprend et déplore aussi la situation dans son pays. Mais, m’interroge-t-il, « les très fortes inégalités n’existent-elles pas aussi entre l’Europe et l’Afrique ? Le fait que l’on veuille se protéger des migrants qui débarquent et desquels on a peur, la même situation ? L’Afrique du Sud ne serait-elle pas juste la même chose avec une très forte dose de concentré en plus ?… »

Ah… Effectivement, si l’on regarde sous cet angle, cela porte à réfléchir…

Bolivie :
Lac de sel et Quinoa

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.