Latitude 22° Sud – Clic, clac Kodak… et c’est reparti !


Carnet de voyage

Latitude 22° Sud – Clic, clac Kodak… et c’est reparti !

 

Samedi 10 mars, Désert du Lipez, Bolivie. 

« Can I take a picture ? » « Les gars répondez-lui, moi je peux plus… » Surtout au réveil, en plein désert où l’on est censé être seuls au monde. Mais l’histoire a commencée il y a déjà plusieurs jours, lorsque Alex, Thomas (deux français récemment convertis au voyage à vélo avec qui je partage un bout de route) et moi avons quitté San Juan pour entamer la traversée du Lipez.

Cette région désertique longue de quelques 300 kilomètres, située à plus de 3500 mètres d’altitude se situe dans la pointe sud-ouest de la Bolivie. La route – enfin, le chemin – qui la traverse suit de nombreux lacs et représente l’assurance de trouver une nature vierge de toute présence humaine et de passages à l’écart de tout trafic. Sachant cela, c’était pour nous trois une évidence de ne pas quitter la Bolivie sans traverser cette région mythique pour les cyclistes. Durant la traversée (entre huit à dix jours) nous ne devrions rencontrer que quelques 4×4 promenant des vacanciers au programme millimétré essayant de voir le maximum de lieux en un minimum de temps.
La réputation ne nous déçoit pas. Passant d’un paysage incroyable à un autre. Oscillant entre désert saharien, volcans équatoriens et lacs alpins… A couper le souffle. L’altitude jouant sur ce dernier point d’ailleurs !

Puis vient la première montée. Dans le sable et les pierres. Impossible de pédaler. Alors on pousse. Ce doit être plus ou moins notre quotidien au rythme du défilé des 4×4. D’ailleurs, dans la montée, l’un d’eux nous croise, plein de ces touristes habillés du même pull-over aux motifs de lamas. Pull-overs qu’aucun habitant bolivien ni péruvien ne porte jamais mais qui est comme une marque distinctive du parfait touriste signifiant « c’est bon ; j’ai bien visité les Andes ». Ce jour-là, ces pulls sont portés par un groupe de filles qui à notre vue s’esclaffent, lâchent des gloussements, poussent de petits cris tel un groupe de pintades mais qui s’avèrent incapables de prononcer un seul mot intelligible dans aucune langue que ce soit. Cela en dit long sur l’effet que la vue de notre mode de voyage provoque chez ce type d’excursionnistes. Etrange.

Les jours s’enchaînent, les paysages défilent, les difficultés s’accumulent, les touristes s’agglutinent. Imaginez, tranchant avec le désert, les rives verdoyantes d’un lac de montagne translucide digne d’un lagon de la mer des caraïbes. Les nuages et les montagnes se reflètent dedans. Il est semblable à la palette d’un peintre qui aurait fait un harmonieux mélange de couleurs. Le soleil qui se couche, derrière les cimes enneigées des volcans veillant sur le lac, jette sur l’étendue d’eau une ombre énigmatique. Seuls quelques flamants roses osent perturber la tranquillité de la surface de l’eau. Mais leur couleur et leur démarche apaisante pardonne aisément cette intrusion. Ce tableau nous arrête. Nous contemplons la beauté naturelle de ce paysage, sans un mot.

Enfin, nous nous décidons à descendre sur les rives où nous comptons passer la nuit pour profiter du calme et de la magie du lieu. Mais les touristes gueulards sont déjà là. Par dizaines. Trottinant en maillots de bain, pour aller se tremper dans les termes d’eau chaude, serviette dans une main, téléphone pour le selfie dans l’autre. Les termes représentent pour eux, une des cases à cocher dans leur longue to do list des choses à voir en Bolivie.

Cette région devenue réserve nationale andine regorge d’oiseaux de toutes sortes. Dont l’espèce la plus surprenante à cette altitude est assurément les flamants roses. Ils sont au rendez-vous à chaque lac. S’assoir les contempler est un spectacle en soi. Mais depuis quelques jours, il semble que nous soyons devenus aussi curieux que ces oiseaux. Les touristes prenant des photos de nous à la volée et sans stopper la course folle de leur bolide. Pris pour cible par l’un d’entre eux, muni d’un appareil photo à grand objectif, alors que son 4×4 fonçait sur la piste, j’ai sincèrement eu l’impression d’être pris pour une vigogne. La démarche pourrait presque paraître flatteuse, mais très vite, nous avons compris que les voyageurs au long cours que nous sommes n’ont rien en commun avec ces consommateurs d’horizons lointains qui s’intéressent plus au meilleur selfie qu’ils pourront afficher sur leur page Instagram plutôt que de consacrer du temps aux rencontres qu’ils pourraient faire.Mais pour moi le summum fut atteint, ce matin-là, bien qu’éloigné des 4×4, notre bivouac fut perturbé par leurs allers et venues dans un site que nous espérions tranquille. Alors que je me tartinais le visage de crème solaire à l’aide de mon rétroviseur (oui j’ai un rétro sur mon vélo…) un touriste se piqua face à moi, à environ cinq mètres. Me fixa du regard et lâcha un « Can I take a picture ? ». Sans dire un seul mot de plus. Pris sa photo. Leva le pouce et tourna les talons.

Alors quand aujourd’hui on me demande comment j’ai trouvé le Lipez, je réponds que « je n’ai qu’un seul regret ; celui de ne pas avoir présenté mon cul face à leurs objectifs ».

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