Latitude 16° Sud – L’envers du décor


Carnet de voyage

Latitude 16° Sud – L’envers du décor

 

Vendredi 05 janvier, Isla del Sol, Lac Titicaca, 14h.

« Où allez-vous ? Vous ne pouvez pas continuer plus loin ! Partez ! S’il vous plaît, partez, ne restez pas ici », nous enjoint d’un air terrifié une vieille que nous croisons au cœur de ce village pourtant tranquille de l’Isla del Sol (Île du Soleil en espagnol). Stupéfaits, Fabien, Wendy (deux cyclistes français avec qui je partage la route depuis quelques jours) et moi restons cloués sur place dans cet escalier qui monte à la place du village. Etrange accueil. On se regarde dubitatifs. On patiente. Peut-être dans l’espoir inconscient que quelqu’un va venir nous rassurer et nous dire de poursuivre notre chemin en toute quiétude. Un vieux arrive en courant. Il s’arrête. « S’il vous plaît, je vous en prie, retournez au sud. Ne restez pas ici. C’est dangereux pour votre sécurité. Les gens vont venir. Il va se passer quelque chose… », et poursuit, toujours en courant, son chemin en direction du port, que nous distinguons d’ici.

La stupéfaction commence à faire place à l’inquiétude. Et si effectivement c’était dangereux de se trouver ici ? En effet, plus tôt dans la journée nous avons franchi, mais sans en avoir vraiment la certitude, la « frontière » qui sépare les communautés du Sud et du Nord de l’île par un chemin de traverse. Sauf que ce dont nous sommes sûrs c’est que cette fameuse frontière est fermée aux touristes. En cause, un conflit qui oppose les deux villages de la communauté du Nord. Les touristes se cantonnent donc à la partie Sud de l’île. Sachant cette partie fermée, nous nous attendions à devoir, à un moment ou un autre payer une taxe, un droit de passage ou quelque chose de ce type, mais absolument pas à ce genre d’invectives…

Malgré les mises en garde, nous décidons de continuer quelques mètres jusqu’à la place du village pour profiter du point du vue et prendre une décision. Là, un groupe de vieux (encore !), nous barre le passage. Ils se présentent comme les sages du village. C’est impossible pour nous de passer disent-ils. Trop dangereux. En cet instant même où nous parlons, tous les hommes dans la force de l’âge sont partis se battre avec ceux de l’autre village plus au Nord. Quand ils vont revenir ce sera dangereux pour notre sécurité insistent-ils une nouvelle fois.

« Mais pourquoi ? » lâchons-nous. Dans cette communauté du Nord, les deux villages voisins se disputent. Des « frères » pourtant comme ils disent. Un des deux villages se trouve au pied des ruines incas où les touristes se pressent pour admirer les splendeurs. L’autre – où nous nous trouvons actuellement – n’a rien pour attirer les touristes. « L’argent » nous répondent-ils. Nous aurons une version du commencement du conflit. La vraie ? Rien ne le dit. Ce qui est sûr c’est le blocus imposé aux habitants qui vivent près des ruines incas pour les priver de la manne du tourisme.

Cette fois, plus d’hésitation, demi-tour. Et quelques instants plus tard, à mesure que nous retournons vers la « frontière », par un chemin sur les hauteurs, de notre position dominant la baie où est abrité le port du village nous assistons à des cris de liesse. Les hommes partis en bateau faire blocus reviennent au port. Soudain des tirs d’explosifs. Des manifestations de joie. Ils ont mis en déroute leurs voisins et capturés un de leurs bateaux. Puis une fumée. Epaisse. Noire. Et c’est l’explosion. « Ils viennent de faire péter le bateau, bordel ! » Leur prise de guerre était détruite. Le bateau en feu, on presse le pas pour rejoindre la « frontière » et arriver en lieu sûr avant que les hommes enhardis par cet épisode ne remontent au village et nous trouvent là…

De l’autre côté, les touristes flânent paisiblement entre les boutiques de souvenirs où les locaux de la communauté du Sud profitent de l’argent facile. Etrange transition provocant en nous des sentiments d’amertume et de colère mêlés toutefois à une certaine satisfaction d’avoir été les témoins privilégiés de la face cachée du tourisme…

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