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Carnet de voyage

Seriez-vous prêt à accueillir un étranger chez vous ? Un voyageur comme moi ?

Mercredi 26 juillet 2017. 11H. Route de Quito. 4000m d’altitude.

J’arrive frigorifié et trempé jusqu’à l’os, à ce col qui marque la fin d’une ascension de quatre jours depuis la frontière colombienne. Mes pouces sont tellement gelés que je n’arrive plus à les plier donc à changer les vitesses. Si dans la descente qui suit, je croyais que ce serait plus facile, j’oubliais que dans une montée on se réchauffe, pas dans une descente ! C’est en claquant des dents et ressemblant à du linge que l’on aurait oublié d’essorer que j’arrive quelques kilomètres plus loin dans un restaurant-refuge où je fais halte pour me réchauffer avant de continuer. Et là, outre le fait que je fais bien rire tout le monde avec mon histoire de voyage à vélo, j’ai le droit à un accueil attentionné. On me fait passer en cuisine pour me réchauffer devant le feu. On me sert du café. Et finalement on ne me fera payer ni les cafés ni l’encas que j’aurais pris.

Cet accueil clôt les quatre jours passés sous la pluie avant d’arriver à Quito. Cela m’aura servi à tester non seulement l’efficacité de l’imperméabilité de mes sacoches mais à tester aussi l’hospitalité des équatoriens puisque finalement je n’aurai pas dormi une seule fois sous la tente par temps de pluie. Ainsi, en Equateur tout comme en Colombie, la générosité naturelle de l’accueil n’est pas démentie.

Je la retrouverai d’ailleurs tout au long de mon voyage dans le pays. Et notamment à Quito, la capitale, chez Fernando et sa famille où je serai hébergé pendant plusieurs jours.  D’ailleurs, il me laissera l’appartement pour moi deux jours durant, partant en weekend avec sa famille. Seule contrepartie demandée, arroser les plantes ! Je devais le connaître depuis longtemps me dit-on ; pourtant je suis arrivé la veille… Il fait seulement, comme moi, partie de cette grande famille de cyclistes-voyageurs regroupée sur le site web  www.warmshowers.org.

Avec tout cela, une pensée tourne en boucle dans ma tête. Que ferais-je en France, si je voyais un étranger, un voyageur, quelqu’un qui ne parle pas français, chercher son chemin ou (pire) chercher un endroit où dormir ? Avant ce voyage, pas sûr que je serai allé vers lui. Encore moins lui proposer de dormir à la maison. Mais maintenant ? Je ne suis pas rentré vous me direz, donc la question ne se pose pas encore pour moi. Alors je vous la pose à vous, amis lecteurs.

Partageant mes états d’âmes par téléphone, j’ai entendu dire qu’en France, on ne peut pas faire pareil, que c’est différent, que ça ne fonctionne pas de la même façon. Pourquoi ? Pourquoi ne sait-on pas (ou plus) accueillir les étrangers (et je ne parle pas des migrants…) de manière aussi spontanée et désintéressée qu’ici ? Que ce soit dans son jardin ou sur son canapé juste pour une nuit ?

Il est certain que si cela ne fonctionnait pas aussi bien ici, mon voyage serait beaucoup plus éprouvant et coûteux. Plus tard, un autre équatorien m’ayant offert l’hospitalité me dira : « Il est normal pour moi de bien t’accueillir, parce que j’ai envie que tu passes un bon séjour dans mon pays. J’ai envie que tu l’apprécies et que tu en gardes un bon souvenir ». Pas sûr que l’on ait tant de sollicitude envers les étrangers chez nous…

Alors je vous lance un défi. Comme vous êtes bien content de me savoir bien accueilli, faites de même. Accueillez un étranger chez vous. Plus on sera nombreux à accueillir chez soi, plus il sera facile de voyager, de rencontrer d’autres cultures et de lutter contre la xénophobie. Par les temps qui courent, ça vaut la peine…

Si le proposer à un touriste égaré dans la rue vous paraît encore un peu prématuré, inscrivez-vous sur le site www.couchsurfing.com (voyageurs de tous poils) ou www.warmshowers.org (voyageurs à vélo, ce sont les plus funs !). Le principe est simple. Une demande d’hébergement vous sera envoyée par le voyageur quelques jours avant son arrivée potentielle (sous réserve d’acceptation de votre
part) dans votre salon. Ne mettez pas les petits plats dans les grands. On a juste envie d’un endroit où se poser. Mais si vous nous offrez une douche, un lit et la possibilité de discuter un peu autour d’un petit plat typique de votre région, alors là, on trouvera ça bien mieux qu’à l’hôtel 4 étoiles.

La rencontre de l’autre est le premier des voyages !


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2 commentaires sur “

  • Verdier Gilles

    Quel plaisir de te lire, Anthony !!
    Je vois que tu t’éclates à chaque rencontre, au cœur de peuples exemplaires par leur accueil.
    Ce n’est pas aussi spontané en France, tu peux le craindre en effet.
    Que deviens-tu, tu as beaucoup prolongé il me semble, ce qui est bon signe bien sûr.
    Ici, l’hiver est chiant depuis 3 mois, ça caille depuis 3 jours, on attend le soleil, qui se fait désirer.
    Pour ma part, ma contribution au SPF s’oriente chaque jour un peu plus dans l’organisation du Marathon des Puys, dont la 2e édition est dim 21 oct 2018.
    Allez, au plaisir de te lire !!!
    Bien amicalement
    Gilles

    • lafabriquecitoyenne Auteur de l’article

      Bonjour Gilles,
      Merci pour ton message. Content de savoir que mes articles te plaisent.
      Je suis actuellement en Bolivie pour encore quelques jours. Oui le voyage s’est (un peu) prolongé. Je ne pensais pas passer autant de temps en Amérique Latine, mais j’apprécie vraiment cette culture que je découvre chaque jour un peu plus. Du coup, je prends mon temps.
      Peut-être que je serai là pour le marathon…
      A bientôt,
      Anthony