Latitude 2,8 – Colombie, ce pays dangereux…


Palermo. Colombie. Dimanche 09 juillet 2017. 19h. La nuit tombe. J’avance péniblement sur une petite route pentue au milieu d’une forêt assez dense. Je ne sais pas où dormir. Je viens de me voir refuser l’accès à un jardin pour poser la tente. Ceci dit c’était la pelouse verdoyante d’un restaurant où le propriétaire était absent. Sans sa présence les employés n’ont pas accepté. Cette fois, j’avais visé un peu trop haut. Mais l’endroit semblait tellement idéal…
Puis après quelques coups de pédales supplémentaires, j’aperçois de la lumière légèrement en surplomb de la route. Enfin une maison ! Pour rentrer, il faut passer un grand portail. Dans l’allée de gravier qui mène à la maison sont garées plusieurs voitures. Je m’avance jusqu’à l’entrée. Il fait noir. Une vive lumière projetée de l’intérieur éclaire le perron. Je distingue un vieil homme à l’intérieur qui se balance dans un fauteuil à bascule et qui visiblement regarde la télévision. Il ne me voit pas. Aussi, je fais irruption dans la lumière. A cet instant, le chien (qui devait être un peu sourd) se met à aboyer aussi fort que la télévision. Je m’apprête à parler mais suis figé sur place, dans le fond de la pièce une dizaine de personnes est installée à plusieurs tables. Tout le monde s’arrête net et me regarde d’un air surpris. Suis-je encore dans un restaurant ? Je vais passer pour un con. Bon le ridicule ne tue pas. Alors timidement je me risque à bégayer en espagnol deux ou trois phrases pour dire ce que je veux.
Bien sûr le vieux n’entend pas ce que je dis : « No escucho nada » me lance-t-il. Il se lève, coupe le son de la télévision, fait taire le chien, s’approche et me regarde d’un air suspect comme si je venais me rendre en avouant quelque crime que j’aurai commis sur sa propriété. Je répète ma demande.
« Francés ? » répète-t-il avec un sourire qui se dessine (enfin) sur son visage. « C’est le Tour de France en ce moment ! Qui a gagné l’étape aujourd’hui ? Comment va Neiro Quintana (cycliste colombien qui a la côte, précision pour les nuls du cyclisme) ? » Et hop, la conversation s’engage. Merci la popularité du cyclisme et du Tour de France en Colombie !!! En fait, s’il y a du monde ce soir à la ferme (c’est finalement bien une maison et pas un restaurant) c’est pour l’anniversaire du gendre. D’ailleurs, à peine le vélo posé, je suis invité à l’intérieur pour chanter happy birthday, souffler les bougies, manger du gâteau et boire un verre… La nuit sera douce. Et le réveil agréable avec un verre de lait tout chaud à la sortie du pis de la vache. Au petit matin je découvre mieux cette ferme située sur les versants naissants et ensoleillés de la Cordillère des Andes. Quel beau cadre de vie.
Si cet accueil chaleureux avait été unique, je ne me permettrais pas d’affirmer que les colombiens sont avenants et aimables. Mais de telles attentions ont été mon lot quotidien sur la route. Durant toute la traversée du pays, une seule fois j’ai planté la tente, seul (mais j’étais où personne n’habitait !).
Ainsi, je pourrai raconter l’invitation de Patricia à déjeuner chez elle et sa famille. Invitation lancée spontanément dans la rue après, sans mentir ni exagérer, un simple bonjour. Escalope à la crème et à l’ananas dont je me souviens encore ; Je pourrai parler de ce matin où une femme m’a apporté un café alors que je faisais l’entretien de mon vélo avant d’appeler son fils pour qu’il vienne m’aider ; Je pourrai vous présenter Dimas et Martha, couple de cyclistes colombiens avec qui j’ai roulé pendant deux jours et qui m’ont invité plusieurs fois à manger ou à prendre une bière ; Je pourrai vous mettre l’eau à la bouche avec le plat typique que la famille, qui m’a acceptée dans son jardin, m’a servi le dernier soir avant de passer la frontière. Sans parler du petit-déjeuner, le lendemain en me disant avec plein d’attention : « Tu ne vas quand même pas partir sans manger ! » J’avais déjà pris mon petit-déj… En fait, je pourrai énumérer au moins autant d’exemples, qu’autant de jours que j’ai passé en Colombie.
Morale que je tire de ces histoires, c’est qu’une fois encore, il faut s’assoir sur les préjugés et jeter BFM-TV et consorts aux cochons car à écouter tout ce qui se dit, jamais je ne serai venu ici. Et pourtant… les colombiens sont d’une sympathie et d’une générosité naturelles qu’il fait bon ressentir quand on est étranger et loin de chez soi. Un régal pour les voyageurs. C’est d’ailleurs l’avis unanime de tous ceux que je croiserais sur la route et qui sont passés par la Colombie.
A suivre…

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