Latitude 3 – Ma visite chez les FARC 2


Gaitania. Colombie. Lundi 03 juillet 2017. 15h. Me voilà, debout, en équilibre sur le pare-chocs arrière d’une jeep, accroché aux montants métalliques, à filer sur un chemin suspendu au bord du vide, en direction du campement des FARC…

Je ne parle pas espagnol, je ne sais pas exactement où je vais, je suis dans un pays que je ne connais pas et je suis là, à plusieurs heures de la route principale avec des locaux qui trouvent un peu étrange qu’un « gringo » se balade par ici… Je vis à cet instant, un de ces moments où je réalise que ce que j’ai entrepris depuis plusieurs mois est un peu fou. Non, pas fou, mais assez singulier.

Après une vingtaine de minutes de route nous arrivons au campement. Je dis, nous, parce que je suis accompagné de Léo, un autre français – et parfaitement bilingue, lui – stagiaire pour l’association paysanne avec laquelle je suis en contact et qui m’a proposé cette petite virée. Nous ne devons rester que la soirée pour rencontrer le commandant de ce front pour qu’il nous parle de sa vision du monde paysan en Colombie.
En effet, le lien entre paysans et les Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes – Armée du Peuple (FARC-EP) est étroit. Pour cela, j’ai dû réviser l’histoire, l’image de terroristes, vendeurs de drogue étant à peu près la seule image que j’avais d’eux.

Voici ce que j’ai retenu. En 1948, survint l’assassinat du très populaire Jorge Eliécer Gaitán principal candidat d’opposition à l’élection présidentielle qui doit se tenir deux ans plus tard. Cet élément déclenche une vague de protestation, très violemment réprimée par le gouvernement conservateur en place. C’est dans cette période de guerre civile appelée période de « La Violencia » que naîtront les FARC.

En effet, les paysans, qui revendiquent un accès à la terre et à des conditions de vies meilleures s’organisent pour se défendre contre les exactions de l’armée et des groupes paramilitaires qui sont commises à cette époque. Les « milices d’auto-défense paysanne » se forment. Elles donneront naissance en 1964 aux FARC, qui influencées par la révolution cubaine, deviendront une guérilla communiste pour la défense du monde paysan en Colombie.
Si quelques heures suffisent pour discuter avec le commandant, l’envie d’échanger avec les autres guérilleros (enfin moi, avec mon espagnol balbutiant, je n’échangeais pas grand-chose !) nous a poussé à rester plusieurs jours. Et surtout quelque chose me frappe. Ils sont loin de l’image que nous en avons en France, en Europe et partout dans le monde d’ailleurs. Je comprends que s’ils ont participé au commerce de la drogue ou à des enlèvements contre rançon, ce n’était que dans le but de lever les fonds nécessaires à leur survie. Mais surtout, leur code éthique leur fait respecter la population civile, ils ne font aucune distinction de race ou d’origine, appliquent une égalité hommes/femmes, protège la nature et la biodiversité et souhaitent une société plus égalitaire pour le peuple colombien.

S’ils ont passé leur vie à se battre, ce n’est pas pour une motivation financière mais pour leurs idéaux de justice et d’égalité. Se battre avec les armes parce qu’ils n’avaient pas la possibilité de défendre leurs convictions politiquement, pacifiquement. Pour moi cette donne change tout.
Je prends subitement conscience du pouvoir d’influence partial qu’ont les médias. Classifiant les FARC comme groupe terroriste, le gouvernement avait ainsi toute légitimité aux yeux de la communauté internationale – et avec son appui – à employer tous les moyens pour faire disparaître ceux qui étaient ses opposants. Et nous, nous enregistrons ces informations pour vraies.

Alors certes, ils ont commis des actes répréhensibles, des crimes et autres transgressions de la loi, mais dans le but de défendre leur liberté et une égalité pour tous.

Comment appelle-t-on aujourd’hui les français qui luttaient clandestinement contre les nazis et le gouvernement de collaboration ? Des résistants. Alors qu’ils étaient qualifiés de terroristes par les occupants…
Si leur rencontre m’a appris une chose, c’est bien qu’il faut questionner sans cesse. Multiplier les sources d’informations. Si voyager permet d’élargir ses connaissances et son propre point de vue, l’esprit critique est, lui, à la portée de tout un chacun qui s’en donne la peine et, est l’assurance d’une vie plus avertie.


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2 thoughts on “Latitude 3 – Ma visite chez les FARC

    • lafabriquecitoyenne Post author

      Merci Gilles !
      Voyager ou tout simplement aller vers ceux qui nous sont étrangers a du bon pour l’ouverture d’esprit et mieux comprendre le monde dans lequel on vit.