Latitude 14 : Nuit au clair de lune 1


Mardi 11 avril. 00h27. Un cri strident d’enfant en détresse me tire du sommeil profond dans lequel je suis plongé, alors même que quelqu’un braque sur mon visage endormi une lampe torche qui m’éblouit.
A moitié conscient, un sentiment de peur m’envahit l’espace d’une seconde.
Seconde qui me laisse le temps de reprendre mes esprits et de comprendre qu’il ne s’agit que de la pleine lune éclairant, comme en plein jour, à mes pieds un chevreau qui clame pitance.

L’inconscient vous fait croire parfois bien des histoires !

Mais aussi quelle idée de dormir au beau milieu de la brousse avec des chèvres et à la belle étoile ?

Lundi 10 avril. 19h. C’est l’heure de trouver le bivouac pour la nuit. Avec tous les serpents écrasés sur la route et celui vert fluo, bien vivant lui, venu me saluer à la pause, j’hésite un peu à dormir dans la brousse.
20h. La nuit tombe. Je suis obligé de m’arrêter. Je suis à proximité d’un village. Je cherche quelqu’un à qui demander l’autorisation de poser ma tente quand je fais la connaissance de Djiby, un jeune berger qui m’invite à passer la nuit avec lui et son troupeau.

Quelques instants plus tard, me voici donc face à la pleine lune qui se lève à l’horizon et sous la surveillance de l’impressionnante silhouette des baobabs, à battre la brousse pour rassembler les treize zébus – et les chèvres – que nous devons garder pour la nuit.
Instant magique, irracontable, à vivre tout simplement !

Autour du repas qu’il m’offre nous faisons plus amplement connaissance notamment de son métier qu’il exerce depuis 4 ans. En cette période, les conditions pour les troupeaux sont difficiles. Et pour leur alimentation il est obligé d’acheter de l’aliment à Dakar. Cela coûte cher me dit-il.
Mais son français n’étant pas excellent et mon wolof bien pire encore, le sujet semble difficile à approfondir.

J’en apprendrai plus sur le sujet, en arrivant à Dakar, quelques semaines après avec la rencontre de Jacques Ndiaye qui travaille à la Laiterie du Berger.
Cette entreprise œuvre depuis sa création en 2006 à développer la filière nationale de collecte du lait auprès des Peuls – ethnie du Sénégal qui vit d’élevage et de transhumance. L’objectif de son fondateur est de permettre de meilleures conditions de vie aux éleveurs en leur assurant des débouchés pour leurs produits laitiers. Enjeu important au Sénégal, d’autant que la majeure partie du lait et de ses produits dérivés sont issus de l’importation alors qu’il y existe une forte demande.

Mais le crocodile se mord la queue. Plus la demande augmente et plus les importations augmentent rendant encore plus difficile encore l’organisation d’une filière laitière nationale. D’autant que les produits laitiers sénégalais sont en concurrence directe avec les produits de l’Union Européenne – eux fortement subventionnés – importés sous forme de poudre.
Mais pas d’inquiétude, le marché veille !

Sans avoir pris le temps de creuser plus le sujet, je souhaite seulement saluer ici la démarche de la laiterie du Berger qui se fournit à 70% avec du lait de collecte sénégalais. Et dernier service en date, la livraison hebdomadaire à domicile d’un panier de produits laitiers auprès de 460 foyers de Dakar. Ces activités permettent à 800 familles d’éleveurs de sécuriser leur travail et d’envoyer leurs enfants à l’école.
Sous le slogan « Bon pour moi, bon pour mon pays », belle initiative qui mérite d’être soutenue.

Mais tout ça je ne le sais pas encore quand, fatigué de la journée, je me couche dans la brousse africaine à même le sol sur mon matelas gonflable entre d’un côté le chétif feu de camp qui menace de s’éteindre et de l’autre, Djiby.
« – Au fait, Djiby, tu ne crains pas les serpents, ici ? lui demandai-je inquiet en m’enroulant dans mon duvet.
– Non, il n’y a pas de serpents, ici ! me répondit-il rapidement »
Me voilà en sécurité ! Comme si ces quelques mots de mon hôte avaient suffi à faire disparaître tout danger.
La naïveté de l’inconscient fait bien des miracles…

Cliquez ici pour en savoir plus sur la laiterie du Berger


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Commentaire sur “Latitude 14 : Nuit au clair de lune

  • Verdier Gilles

    Quelle belle aventure tu nous fais vivre, avec des mots qui me donnent l’impression d’y être !
    Tu vas ressortir très enrichi de ce beau périple, plus que tu ne l’imaginais. Continue comme cela, décris nous ces belles rencontres, et laisse les serpents là où ils sont.
    Gilles