Latitude 16 : Saint-Louis. Les bons sentiments. 3


12H. 46°C à l’ombre. J’ai quitté Nouakchott tôt ce matin. Mais rien n’y fait. L’Harmattan souffle fort et assèche tout sur son passage y compris ma gorge que j’essaie pourtant d’hydrater régulièrement.
Épuisé je m’arrête sous un acacia. Le seul que j’aperçois. Une nuée de mouche a eu la même idée. J’ai l’impression de vivre la fable « le lion et le moucheron » de La Fontaine !!!
Je n’imagine pas encore que les deux jours suivants seront identiques me faisant consommer environ 8 litres d’eau par jour (glacée quand je l’achète et à température idéale pour le thé une heure plus tard) déréglant ainsi au passage mon système digestif…
Assis dans votre fauteuil de bureau, dites-vous cette fois que c’est moi qui aimerait être à votre place !

Arrivent les bords du fleuve Sénégal après 2000 km dans le désert marocain et mauritanien. La vie renaît. L’espoir aussi ! Trop simple. Une dernière épreuve. 40 km de piste avant le poste frontière. A l’heure de l’écriture de ces lignes, je dirais que cette piste était plutôt plaisante avec les nombreux oiseaux du parc national du Diawling, les crocodiles, les phacochères… Mais si l’on interroge les singes rouges, très curieux à mon passage, ils exprimeraient leur incompréhension quant à ce blanc qui hurle après son vélo… Ha, la chaleur, le sable et la fatigue…

Ceci étant, cette région au carrefour de l’océan, du fleuve et du désert est le lieu de rendez-vous de nombreux oiseaux migrateurs. Nos hirondelles viennent passer l’hiver ici. Et pourtant ce lieu est fragile et sa préservation indispensable. Le gardien du parc qui me demande la taxe de passage me le rappelle gentiment : « Ce sont vos oiseaux qui hivernent ici. Vous êtes concernés par son avenir ». Il a raison, au risque de ne plus voir nos migrateurs en France. La question des frontières m’apparaît à ce moment comme un sujet bien artificiel.

   

Je rentre au Sénégal. Saint-Louis. Ville étape de l’aéropostale dans les années 1930, ce comptoir fondé par les européens est un poumon économique du Sénégal. L’activité est intense, les gens partout. L’arrivée au Sénégal n’est finalement pas de tout repos !
Aux cris d’enfants « toubab, toubab, toubab… » (étranger à la peau blanche en wolof) s’ajoute rapidement « donne-moi stylo, donne l’argent, donne-moi le cadeau, donne-moi vélo »…. J’étais préparé à ça.
Mais pas au fait que l’ensemble des adultes que je rencontrerai à Saint-Louis seraient motivés aussi par l’argent. On m’aborde, on fait connaissance, où je vis, comment je m’appelle… Auquel s’ajoute rapidement « viens voir mon magasin, je suis artiste, peintre… » ou « tu as visité la ville ? si tu veux je peux te faire découvrir… » ou encore « tu dors où ? je connais une auberge… » Haaaaaaaaa, stop !

Sous couvert de bons sentiments, les touristes, le Paris-Dakar, certaines ONG et bien d’autres ont longtemps distribué toutes sortes d’objets et notamment les fameux stylos BIC aux enfants. L’habitude est prise.  Pire certains blancs bedonnants d’un âge déjà avancé viennent ici chercher la femme qu’ils ont perdu en Europe (ou qu’ils n’ont jamais trouvé) et se pavanent ainsi aux bras d’une jeune et jolie sénégalaise motivée bien sûr par l’argent qu’elle va pouvoir obtenir de cette relation (situation valable aussi par des européennes d’un âge mûr avec les jeunes sénégalais).

Pour tous ces comportements passés et malheureusement encore présents, le tourisme de masse fait des dégâts dans les rapports et les relations entre les différents peuples. L’argent polluant ainsi de manière insidieuse les rapports entre nos populations.

Je quitte donc Saint-Louis sans aucun regret pour filer dans l’intérieur du pays et après plusieurs heures de route et de pistes où les touristes sont rares voire inexistants, les relations humaines et les échanges d’égal à égal reprennent leurs droits. Et le pays de la Teranga (terre d’accueil) devient réalité.
Je vais enfin pouvoir découvrir le Sénégal !


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3 commentaires sur “Latitude 16 : Saint-Louis. Les bons sentiments.

  • Gilbert Blancheton

    Ton commentaire très lucide et très pertinent me renvoie à ces deux citations :
    Geronimo
    « Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors on saura que l’argent ne se mange pas. »
    Gandhi
    « Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun mais pas assez pour la cupidité de tous. »
    Et, encore, félicitation pour ton courage.
    Gilbert